A la veille du
débat au parlement, où les élus vont débattre de la levée de la recommandation
interdisant à des militaires belges de s’engager dans les anciennes colonies de
la Belgique, Louis Michel, qui fut ministre des affaires étrangères au moment
de la Commission Rwanda donne son avis.
Il est plus que
temps de mener un tel débat et, puisque vous me demandez mon avis, je pense
qu’il faut lever une telle interdiction. Souvenons nous que cette résolution
avait été adoptée à un moment précis, à l’issue des travaux de la Commission
Rwanda et que l’opinion d’alors avait été traumatisée par la mort des dix
Casques bleus. Mais près de deux décennies plus tard, les temps ont changé.
Certes, il faut rester prudents, ne pas engager nos troupes à la légère. Mais
elles pourraient fort bien, outre les missions de formation qu’elles assument
déjà, être affectées à des missions humanitaires, des tâches de protection etc…
La Belgique,
de plus en plus, plaide pour que la communauté internationale s’engage dans
l’Afrique des Grands Lacs tout en refusant elle-même de s’impliquer
militairement. N’est ce pas un peu facile ?
C’est évident,
on pousse les autres et on refuse d’y aller soi-même ! C’est trop simple… Lors
de la dernière crise à l’Est du Congo, la Belgique, certes, a agi sur le plan
diplomatique, mais je pense qu’elle aurait pu faire plus encore, des missions
humanitaires, des tâches de maintien de la paix. A force d’être absente sur le
terrain local, la Belgique risque d’être absente aussi lors des grands débats
politiques…Et pourtant, son expertise en Afrique centrale continue à être
reconnue… Mais pour que cela continue, il faut y aller, il faut s’engager. En
particulier du point de vue militaire, si on n’est pas présent sur le terrain,
l’expertise disparaît…
Si
l’interdiction est levée, cela signifie-t-il que la douloureuse « page Rwanda »
sera enfin tournée?
Ce n’est pas
si simple, la Belgique garde tout de même, par rapport à ce pays, une
responsabilité particulière du fait d’être l’ancienne puissance coloniale.
Cependant, lors du génocide, la Belgique a, me semble-t-il, été moins «
responsable » que d’autres. Ce qui s’est passé n’avait rien à voir avec le
colonialisme, qui n’était qu’une cause bien lointaine de la tragédie…La
responsabilité de la Belgique n’est pas directe, à l’inverse de la France. Il
est vrai qu’à Bruxelles, dans les premiers jours au moins, on a sous estimé ce
qui se passait, la mesure du drame n’a pas été prise…Le gouvernement de
l’époque n’est pas assez intervenu durant les trois mois du génocide, il aurait
pu faire beaucoup plus. Cependant, il ne faut pas céder à des arguments
simplistes et mettre trop l’accent sur la responsabilité belge dans cette
tragédie que fut le génocide des Tutsis du Rwanda…
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Colette Braeckman
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